TaDuc


J'ai découvert TaDuC quand j'avais 15 ans, à la bibliothèque d'Hautmont. C'était la première fois que je descendais dans le rayon BD pour adultes, jusque là je me cantonnais aux Gaston, Boule et Bill, Spirou...
Ce fut une claque, une révélation. J'adorais tout: John Chinaman, d'abord, la façon dont les personnages étaient dessinés, les décors, sans parler de l'écriture de TaDuC (ah! sa signature: je lui ai carrément piquée!).
Tout ça pour dire que j'admire beaucoup TaDuC, et depuis longtemps.
Alors, lorsque j'ai appris son retour avec "Mon pépé est un fantôme", une série prépubliée dans "Spirou", j'ai été pris d'une grande curiosité, qui a abouti à l'achat du premier tome d'une série qui se révèle sensible, subtile, intelligente... et drôle. Aujourd'hui, près de 10 ans plus tard, la magie opère toujours...(aLpH)

Tome 1

- Le tome 1 de « Mon pépé est un fantôme » a-t-il rencontré un succès à la hauteur de vos espérances?

T : La sortie a eu lieu au moment de la rentrée 2008, et beaucoup de journalistes et de lecteurs nous ont témoigné de la sympathie pour ce 1er album. Nous avons eu un accueil très agréable. Je dirai que pour un premier tome d’une nouvelle série et une sortie à cette période de l’année - la rentrée étant une période traditionnellement chargée - nous sommes plutôt satisfaits. Cela nous permet d’être sereins pour la suite de la série.

- Savez-vous pour quand est prévue la saison 2 de « Napoléon Tran » ?

T : Eh bien, je suis censé travailler dessus actuellement, mais un accident de moto a bouleversé le planning, tout est un peu en suspens, le temps que je récupère l’intégralité de mes moyens. C’est bien dommage car il ne me restait qu’une douzaine de pages avant de le terminer. On pensait pouvoir le sortir au printemps mais l’album sortira probablement à la rentrée 2009. Ce qui fera un délai d’un an entre les deux. Hé oui, mon accident tombe mal...


taduc immobilisé

- Cette série dispose de tous les ingrédients pour être adaptée en dessin animé. Avez-vous déjà eu des échos là-dessus ?

T : Je sais que Dupuis le pense et qu’ils aimeraient que des producteurs et des chaînes de télévision s’y intéressent. Ils envisageraient même la possibilité d’en faire un pilote. Mais rien n’est sûr. Est-ce que ça me plairait ? Bien sûr ! Ce serait l’occasion pour un plus large public de découvrir la série. Et puis il est toujours fascinant de voir des personnages de papier s’animer. Ça a un côté magique.

- Comment situez-vous « Mon pépé est un fantôme » par rapport à « Titeuf », « Cédric » ou « Tamara » ?

T : Par rapport à « Titeuf », le ton est un peu différent. Nous racontons des petites histoires allant de 4 à 8 pages. Leurs formats nous permettent de développer des histoires plus complexes que le traditionnel gag en une planche et ainsi d’y mettre une émotion que l’on ne retrouve pas forcément dans « Titeuf », qui a par contre un ton beaucoup plus impertinent. Par rapport à « Cédric », je dirai que notre univers est plus moderne. On y montre une famille actuelle avec des parents sur le point de divorcer, on y parle également de métissage. Quant à « Tamara », on est plutôt là centré sur les préoccupations d’une adolescente qui découvre ou qui fantasme sur les plaisirs de la chair en étant elle même bien en chair. Notre héros, Napoléon, qui voit son grand-père revenir après sa mort en tant que fantôme, est un petit garçon qui par certains côtés a conservé une certaine naïveté. Il s’interroge sur le monde qui l’entoure et tout cela est traité avec un ton humoristique.

un seul napoléon

- Votre bande dessinée aborde des thèmes forts, comme la mort, la maladie, le divorce, l’adultère et même l’incinération. Cela n’a pas été trop dur d’être accepté au sein de « Spirou »?

T : Quand on a créé cet univers et ce petit personnage, on a eu envie de se faire plaisir et de raconter les histoires qu’on aurait eu envie de lire. L’univers étant développé, on a naturellement cherché un éditeur qui s’est avéré être celui avec lequel je travaillais pour mon autre série réaliste « Chinaman ». Le passage dans « Spirou » s’est donc fait naturellement, sans heurt. Je crois que « Mon pépé est un fantôme » est une série humoristique moderne qui convient bien aux orientations du journal.

p1

- De quel personnage vous sentez-vous le plus proche dans cette bande dessinée ?

T : Eh bien, du tandem formé par Napoléon et son grand-père, justement : un tandem indissociable. Je me retrouve dans Napoléon, quand j’étais gamin, et j’y vois aussi mon grand-père. Je pense que c’est un peu la même chose pour Nicolas Barral.

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- Dessiner John Chinaman ne vous manque pas trop ?

T : Si, bien sûr ! (rires). Mon penchant naturel va pour le dessin réaliste. C’est pour cela que j’ai voulu faire de la bande dessinée ; je l’ai toujours envisagée sous ce jour. C’est uniquement parce que Nicolas Barral m’a proposé un univers riche et enthousiasmant que j’ai pu imaginé faire ce saut dans le genre humoristique. Son talent de scénariste, les perspectives de l’histoire et la richesse des personnages, bref, la qualité de l’univers m’ont vraiment donné envie d’y aller. Il aurait été frustrant pour moi de passer à côté de ça.

Chinaman t1

- En quoi le succès de Chinaman, dont vous êtes l’instigateur,vous a-t-il changé ?

T : Auprès des maisons d’édition, j’ai gagné en crédibilité commerciale. « Chinaman » m’a permis de remporter un succès suffisamment important pour devenir « bankable ». Il faut être pragmatique : c’est un métier où le côté commercial est primordial. Mais à la base, « Chinaman » est un vrai plaisir de création. J’aurais adoré lire ce genre d’histoire étant adolescent, mais ça n’existait pas, alors je me suis dit que je me devais de le faire. Et puis, point important, j’adore travailler avec Serge Le Tendre. Alors oui, cette série me manque...

- Passer du style réaliste de Chinaman à un style humoristique (tout aussi fluide et maîtrisé) n’a pas été trop long ?

T : Non, ça n’a pas été très long. Et maintenant ça ne l’est plus du tout. C’est comme si je changeais de casquette, tout simplement. Mais c’est aussi le résultat d’un travail, de tout ce travail qui n’a jamais été publié. Car comme beaucoup de dessinateurs, j’ai la tentation de dessiner différemment, avec plusieurs styles plus ou moins proches. C’est vrai que l’on a de moi l’image d’un dessinateur réaliste, mais en fait quand j’étais petit j’ai appris à dessiner en regardant Lucky Luke et tout un tas d’autres séries classiques humoristiques.


chinaman

- Combien de temps consacrez-vous au dessin dans une journée ?

T : C’est variable. J’y consacre entre 6 et 10 heures par jour.

- Comment se passe une semaine-type de la vie d’Olivier TaDuc ?

T : Etant père de famille, j’essaie de suivre des horaires classiques et de ne pas trop travailler le week-end, même si ça m’arrive encore, bien sûr. Malgré tout si un festival vient se greffer en fin de semaine, cette dernière s’en retrouve bien chargée...

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- Pouvez-vous nous en dire plus sur vos conditions de travail?

T : Je travaille depuis quelque temps à la tablette graphique qui est un écran tactile, ce qui me permet de dessiner directement dessus (il s’agit d’une tablette Wacom Cintiq). J’utilise Manga Studio, un logiciel adapté à la BD très pratique. Je l’utilise pour dessiner Napoléon. Je me sens plus à l’aise, car il me permet de gérer les repentirs sans soucis. Actuellement, je privilégie l’ordinateur aux outils classiques pour le dessin humoristique. Et même pour le dessin réaliste, j’utiliserai l’informatique car cet outil me permet de mettre en place le dessin de façon conviviale.

[Retrouvez plus de détails sur ce point sur le blog d’Olivier TaDuc en cliquant sur ce lien : TaDuc et sa tablette


- Quels sont les artistes qui vous ont le plus influencé ?

T : Quand j’étais gamin, j’adorais Morris, Uderzo, qui sont un peu mes phares, (comme la plupart des dessinateurs, je suppose). Plus tard, j’ai découvert Jean Giraud, Hermann dans le style réaliste, des artistes américains (car j’ai eu ma période « Comics ») comme Joe Kubert, Neal Adams ou John Buscema .

- Avec quel scénariste aimeriez-vous travailler ?

T : Il y en a plein dont j’apprécie le travail. Je pourrais vous citer Fabien Vehlmann, ou Fabien Nury, qui sont de jeunes scénaristes plein de talent.

- Quels sont les dessinateurs qui vous impressionnent le plus ?

T : Ceux cités précédemment. Avec Uderzo, il y a une perfection qui n’a jamais, ou difficilement, été égalée depuis. Sans parler de Franquin...

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- Est-il plus facile de travailler avec un scénariste qui lui-même dessine, comme Barral, ou avec un scénariste pur et dur, comme Le Tendre ?

T : Serge Le Tendre, on ne le sait pas, a un petit talent de dessinateur, et c’est un gros avantage. Il a un sens graphique très aigü, et c’est très important, sait donc composer une image parfaitement. Ce qui manque malheureusement à beaucoup de scénaristes de BD. L’un et l’autre arrivent en dernier recours à créer des images pour représenter de façon précise ce qu’ils ont en tête. Ce sont deux scénaristes dont j’admire le talent mais qui sont avant tout des amis. J’adore travailler avec eux.

- Vous vous destiniez d’abord à la médecine ; diriez-vous qu’il y a des points communs entre la médecine et la bande dessinée ?

T : Je n’en ai pas vu, sincèrement. Peut-être que d’autres vous diront qu’il y en a, mais pas moi... J’ai suivi ces études par obligation familiale. Mais je n’ai pas été très loin car je me suis vite rendu compte que je n’étais pas fait pour ça.

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- Hormis la BD, qui est devenue votre métier, quelles sont vos autres passions?

T : Comme beaucoup de dessinateurs je pense, je suis fan de cinéma. J’aime le cinéma américain, coréen... J’ai des goûts assez éclectiques. Mais je suis en repos forcé en ce moment, c’est l’occasion de visionner tous les films que j’avais en retard...

- Quelles sont les choses qui vous font le plus rire dans la vie ? La BD, les films, les séries... ?

T : C’est vrai que j’ai vu des séries très drôles comme Friends, ou d’autres. Mais le cinéma aussi parvient à me faire rire. Comme tous les enfants, j’ai adoré Louis de Funès, l’indémodable, qui est incontournable. A part ça, je suis retombé hier sur « Le Père Noël est une ordure », un régal.

- Sur votre blog, vous répondez facilement aux commentaires laissés par vos lecteurs. Entretenir ce lien, cette proximité avec eux, est-ce important pour vous ?

T : Oui, c’est très important. Ce sont pour la plupart des gens croisés au cours de festivals. C’est l’occasion de prolonger ce lien qu’on a pu créer lors d’une rencontre et c’est aussi l’occasion de dialoguer avec d’autres dessinateurs, on se parle entre confrères par blogs interposés.

blog TaDuc

- Vous êtes-vous déjà essayé au dessin de presse ?

T : Oui, j’ai eu une toute petite expérience. C’était quelque chose de très ponctuel : certains journaux font des éditions spéciales pour être en phase avec le festival d’Angoulême et je m’étais prêté à l’exercice pour l’occasion. Mais ce n’est pas un exercice avec lequel je suis à l’aise. C’est vraiment un autre métier.

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- Etes-vous plutôt manga ou comics ?

T : J’ai lu beaucoup des comics à une époque, je suis tombé dedans avec « Strange » que je lisais tous les mois. Pour ce qui est des manga, j’en lis peu et plutôt des auteurs comme Taniguchi. Je ne connais pas trop les séries à succès telles Naruto ou One Piece, mes enfants, par contre...

- Vous-même, demandez-vous des dédicaces à vos auteurs préférés ?

T : Non, pas trop. Je préfère passer du temps avec eux, discuter. C’est une chance de les croiser, et cela suffit à mon plaisir. Je n’ai pas besoin de conserver nécessairement une « trace »de ces rencontres. J’en ai quand même quelques-unes, mais c’est très exceptionnel, et c’est plutôt avec des dessinateurs que je connais : on se fait des échanges de pages originales. Et puis, après une grosse journée de dédicaces, on n’a pas envie de s’embêter mutuellement avec ça...

Propos recueillis par aLpH et BonnY, le 22/12/2008.



Nous tenons à remercier particulièrement TaDuc pour sa sympathie et la patience dont il a fait preuve durant cette interview.
Merci également d'avoir pris le temps d'effectuer une relecture qui nous a bien aidés.

Nous étions censés publier cette interview, réalisée entre décembre 2008 et janvier 2009, dès janvier, mais la réalisation de ce site nous a pris plus de temps que prévu...

Entre temps, TaDuc a pu finir le Tome 2 de "Napoléon Tran", dont voici en exclusivité la couverture (exclusivité toute relative, puisque vous pouvez la retrouver sur le blog de TaDuc)

Tome 2


Précipitez-vous sur le blog de TaDuc pour plus d'infos !!!

Note: Tous les dessins, hormis ceux de aLpH, proviennent du blog de TaDuc et sont publiés avec son aimable autorisation.

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